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Le dimanche 15 décembre 2019, l'Académie de Montauban a tenu sa séance solennelle annuelle. Comme tous les ans, en fin de matinée, dans les salons de l'Hôtel de ville, notre Compagnie a été reçue par Mme Brigitte Barèges, maire de Montauban.

Ce fut l'occasion, pour elle, de rendre hommage à l'Académie pour le rayonnement qu'elle apporte à Montauban par les conférences, les livres et la participation à diverses manifestations montalbanaises. Le président de l'Académie lui répondit en soulignant l'esprit d'équipe et de service pour l'intérêt général qui anime l'Académie et en lui offrant le livre sur les Deux siècles d’Histoire de l'Académie (1730-1930) dont l’auteur, Jacques Carral, commenta la composition.

Après cette réception à la mairie et le déjeuner succulent au restaurant "La Pyramide des Saveurs", au Fort, les académiciens et les académiciennes prirent place au théâtre Olympe-de-Gouges.

C'est à 15h30 que le président ouvrit la séance solennelle en présence de Mme Barèges. Il souligna la vitalité de l'Académie qui, plus que jamais, sait sortir de Montauban pour contribuer à son rayonnement. Il indiqua également la rénovation des statuts de l'Académie (les précédents dataient de 1997) sous la houlette des académiciens Jacques Carral, Mireille Courdeau et Jean-Marc Detailleur. Enfin, il annonça l’élection, le 4 novembre dernier, de trois nouveaux académiciens : Marie-Paule Redon au 19ème fauteuil, Michel Manson au 17ème fauteuil et Daniel Donadio au 8ème fauteuil.

La parole fut ensuite donnée à Mme le maire dont la remarquable intervention traita de l'importance d'Olympe de Gouges dans la Révolution française. Parce qu'elle était une femme, l'image d'Olympe de Gouges fut longtemps négative, car d'Hypatie à Rosa Luxemburg le martyrologe des femmes est sans fin. Or elle défendit les droits des femmes, promut de nombreuses réformes sociales, lutta contre l'esclavage et crut au débat d'idées mais elle fut décapitée, victime des violences révolutionnaires. En 2014, l'accès au Panthéon lui fut refusé, mais l'installation de son buste à la salle des Quatre-Colonnes à l'Assemblée nationale montre que son importance historique est enfin reconnue.

Ce fut ensuite Jean Luiggi, secrétaire général de l'Académie, qui rappela les activités de notre institution en 2019 (conférences, colloque, rénovation des statuts, élection de trois nouveaux membres).

Enfin, comme point d’orgue de cette séance solennelle, Geneviève Falgas, historienne, académicienne, et future présidente prit la parole pour présenter sa conférence intitulée « Olympe de Gouges et la postérité ».

La riche polysémie du mot postérité permit à la conférencière d'évoquer tant la trace laissée par cette femme d'exception dans l'histoire des idées que la descendance au sens incarné du terme puisqu'Olympe de Gouges, à sa mort en 1793, à l'âge de 45 ans, laissait une descendance, un fils marié, père de plusieurs enfants.

Olympe de Gouges a longtemps été ignorée et discréditée : aucune conférence ne fut faite à son propos à l'Académie jusqu'en 2006, sauf dans les bulletins de 1900 et 1901 où se trouvent deux longs articles de l'académicien Édouard Forestié portant des appréciations négatives sur la personnalité d'Olympe de Gouges.

Si son combat en faveur du droit des femmes est bien connu, il ne faut pas oublier, pour reprendre le mot de Geneviève André-Acquier, qu'Olympe de Gouges est « à l'origine de grands projets démocratiques » réclamant l'égalité pour tous, l'aide de l'État à tous les laissés-pour-compte de la société, non seulement les femmes, mais aussi les malades, les Noirs, les enfants illégitimes...

Ses combats fondateurs d'un véritable humanisme sont nourris des violences qu'elle a subies dès son enfance avec l'humiliation originelle de sa non-reconnaissance par celui dont elle avait la certitude d'être la fille, le poète et dramaturge Jean-Jacques Lefranc de Pompignan. Puis ce fut la violence d'un mariage à 17 ans et les difficultés, après son veuvage, de la vie d'une jeune femme non mariée. Enfin, ce furent les violences d'une époque révolutionnaire qui s'opposent à la sérénité d'un vrai débat démocratique et argumenté qu'Olympe de Gouges aurait souhaité.

Cet héritage immatériel que constitue son œuvre et l'universalité de sa pensée se double de la postérité de l'hommage rendu sur tous les lieux, bâtiments, écoles qui deviennent ainsi des « lieux de mémoire » selon la formule de l'historien Pierre Nora.

Enfin, le mot "postérité" a aussi un sens premier, biologique, celui d'une descendance. La lignée à laquelle Olympe de Gouges a donné naissance s'est bel et bien perpétuée jusqu'à nos jours. Il se trouve que Geneviève Falgas, au début du mois de juin 2018, faisait la connaissance d'une descendante d'Olympe accompagnée de son époux, venus d'Australie. Christine Serrano, née Bencke, représente la huitième génération en ligne directe.

La postérité d'Olympe de Gouges est donc assurée sur le plan de l'incarnation. Mais sa postérité sur le plan de l'héritage historique suscite encore des polémiques entre deux courants universitaires, les uns en sa faveur, les autres fortement contre elle, poursuivant la défense de l'action politique de Robespierre.

Olivier Blanc dont les travaux ont nourri les recherches de Geneviève Falgas s'oppose avec fermeté à cette polémique : « Il s'agit de ne pas laisser calomnier à nouveau la mémoire d'une femme remarquable qui fut assassinée le 3 novembre 1793 par les fauteurs du 31 mai 1793, les pires d'entre les démagogues, assassins et voleurs impunis de notre histoire ». C'est pourquoi il faut sans cesse redonner pleinement sa place à Olympe de Gouges dans toutes ses dimensions tant personnelles que collectives, car la misogynie demeure latente et prompte à se manifester.

En conclusion, Geneviève Falgas fit diffuser un extrait d’une symphonie du chevalier de Saint-George, jouée par l'ensemble « Les Passions » sous la direction de l'académicien Jean-Marc Andrieu, évocation du combat anti-esclavagiste d'Olympe de Gouges. Les applaudissements nourris du public témoignèrent de la joie des auditeurs ressentie à l'écoute de la conférence.

Les diverses interventions et la conférence elle-même ont été ponctuées et illustrées d'intermèdes musicaux assurés par les élèves de la classe de chant du Conservatoire de musique de Montauban. Accompagnés au piano par Anne-Lise Pierre, deux chanteurs de talent, Pierre Pugnière, baryton, et Margaux Oblet, soprano, ont interprété avec grâce et sensibilité des extraits d'opéras de Mozart.

Avant la clôture de cette remarquable séance solennelle, Jean-Luc Nespoulous, président sortant, a remercié tous les membres du Bureau de l'Académie ainsi que l'ensemble de ses consœurs et confrères qui l'ont soutenu dans ses actions et qui ont ainsi contribué au succès de son mandat.

Il a présenté les membres nouvellement élus en novembre. Puis il remit solennellement la clé de l'Académie à la nouvelle présidente Geneviève Falgas. Celle-ci témoigna de sa reconnaissance envers le président sortant pour l'esprit d'équipe qu'il sut impulser et auquel elle souhaite donner suite.

Composition du Conseil d’Administration qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2020

Geneviève FALGAS , présidente

Robert d'ARTOIS, vice-président

Jean LUIGGI, secrétaire général

Mireille COURDEAU, secrétaire générale adjointe

Yves RIPOLL, trésorier

Roland GARRIGUES, trésorier adjoint

Norbert SABATIÉ, publications

Maurice PETIT, communication

Philippe BÉCADE, relations inter-académiques

Madeleine CARENCO, secrétaire des séances

Christian STIERLÉ, archiviste