LES SEANCES DE 2020-21

 

Les séances sont publiques et ont lieu généralement à 17h le premier lundi de chaque mois sauf durant les trois mois d'été. Elles se tiennent à la Maison de la Culture de Montauban (Ancien Collège). La séance solennelle se déroule au théâtre Olympe-de-Gouges, le deuxième dimanche de décembre.

Vous trouverez dans cette page les comptes rendus de ces séances, par ordre chronologique inversé.

             Visioconférence du 12 avril 2021 prononcée à 15h depuis la Maison de la Culture  

  La conférencière a d’abord, à grands traits, présenté la vie de Victor Hugo. Né en 1802 –" Ce siècle avait deux ans… "- mort en 1885, il a parcouru tout le siècle. Ce chef de file des écrivains romantiques aborda tous les genres littéraires, poésie, roman, théâtre, discours, essai. Il déclencha des tempêtes en balayant les règles classiques de la poésie et du théâtre. Chacun a en mémoire la bataille d’Hernani. Il fut aussi un homme politique. Pair de France, il lutta contre les injustices sociales, le travail des enfants, l'esclavage, la peine de mort. Après le coup d'état du 2 Décembre 1851, il s'exila à Jersey et Guernesey et ne rentra à Paris qu'après la défaite de Sedan.
   Côté vie privée, lors d'une répétition de sa pièce Lucrèce Borgia en 1833, il rencontra l'actrice Juliette Drouet qui, pendant cinquante ans, voua sa vie au grand écrivain, devenant au fil du temps sa secrétaire. C'est le 18 Juillet 1843 que Victor Hugo et Juliette Drouet quittent Paris pour les Pyrénées et l'Espagne. En effet, souffrant de rhumatismes et d'ophtalmie, l’écrivain doit suivre une cure à Cauterets, en août 1843. Le voyage s'effectue en diligence : la conférencière décrit le voyage et ses difficultés en rapportant des anecdotes amusantes. Les lieux traversés rappellent à l'écrivain de nombreux souvenirs d'enfance, entre autres à Bayonne où il était passé avec sa mère et ses frères, en 1811, pour rejoindre leur père, le général Hugo, qui guerroyait en Espagne dans l’armée de l'Empereur.
   Le voyage se termine, sans surprise, par un séjour à Cauterets : au dix-neuvième siècle, les eaux thermales sont à la mode et toute l'Europe se donne rendez-vous dans les villes d’eau. Là, Victor Hugo ne se contente pas de suivre la cure. Le séjour est aussi l’occasion de nombreuses excursions dans les environs. Il s'intéresse à tout quand il voyage. Il porte un regard attentif et passionné sur les paysages, les chemins, les sentiers empruntés. Il se lève, tous les matins, à quatre heures afin de faire de grandes promenades solitaires dans la montagne. Les eaux et les rochers dessinent alors à ses yeux un univers épique et fantastique qui lui inspireront deux grandes oeuvres, La Légende des Siècles et Dieu.
Au cours de ce séjour, deux lieux le marquent particulièrement : le cirque de Gavarnie et le lac de Gaube. Le cirque de Gavarnie, par le pouvoir magique du verbe hugolien, se dresse comme " l'oeuvre d'art de la fauve nature ". Quant au lac de Gaube, il représente l'excursion à la mode quand on est à Cauterets. L'écrivain est impressionné par ses dimensions et il est très marqué par une espèce de tombeau en marbre blanc, entouré d'une grille. En réalité il s'agit d'un monument élevé à la mémoire des époux Pattison qui se sont noyés dans le lac en 1832.
   C’est au retour de ce voyage, le 9 septembre 1843, que Victor Hugo et Juliette Drouet, descendant de la diligence à Soubise, non loin de Rochefort, apprennent, à la lecture d'un journal, la noyade de Léopoldine, fille aînée de l’écrivain, et de son mari, dans la Seine, à Villequier. Trop marqué par ce drame, ce récit de voyage ne sera publié qu’à titre posthume. Le voyage dans les Pyrénées fut pour Victor Hugo une source d'interrogation métaphysique. Il écrivit à son ami le peintre Louis Boulanger : je voue mon esprit à contempler le monde et à étudier les mystères. Je passe ma vie entre un point d'admiration et un point d’interrogation.
   La présidente remercia chaleureusement Anne Lasserre qui, tout au long de cette brillante conférence aux multiples aspects, récit émaillé de citations et d’extraits de poèmes très bienvenus, a su faire voyager l'auditoire en distanciel sur les pas de Victor Hugo et retrouver, par des images bien choisies, des lieux connus, cependant magnifiés par l'art du grand écrivain.

                                                  Visioconférence du 22 mars 2021 prononcée à 15h depuis la Maison de la Culture

         Compte rendu de la communication de M. Pierre Marillaud, en présence de M. Marc Van Lier, par M. Jean-Luc Nespoulous

   Tout historien sait à quel point il est difficile, voire illusoire, de suivre depuis des millénaires les itinéraires des ethnies, des peuples, depuis leur lieu de départ jusqu’à leur lieu d’arrivée, même quand il s’agit d’un peuple comme les Grecs par exemple, dont les cultures respectives nous sont quand même connues, qu’elles soient matérielles ou spirituelles. Or Henri Van Lier, qui n’est pas historien mais philosophe, et même métaphysicien (voir ci-dessous cependant), consacra 20 années de sa vie à rédiger Anthropogénie, un pavé de 1029 pages (table des matières non comprise mais sans bibliographie…) dans lequel il décrit sa vision de l’histoire de notre espèce, ou plutôt la macro-histoire d’Homo. Ce livre, publié en 2010, un an après sa mort, coupe le souffle du lecteur par l’érudition sur laquelle s’appuient des théories qui tantôt séduisent, tantôt sèment le doute, mais ne laissent jamais indifférent.

   Si ce « philosophe – macro-historien » n’a pas eu la chance de pouvoir répondre aux questions qu’on lui aurait posées quand son livre fut publié, il faut rappeler qu’il était connu par plusieurs ouvrages, sur d’autres sujets : « Les arts de l’espace » 1959, Le nouvel Age 1962, Philosophie de la photographie et Histoire photographique de la photographie, réédités l’un et l’autre en 2005. De 1968 à 1972 il écrivit diverses rubriques dans l’Encyclopædia Universalis et anima un très grand nombre d’émissions sur France-Culture entre 1980 et 1990.

   Métaphysicien (?), faisant une approche déductive du monde, en partant du « haut », la pure force de l’esprit, pour descendre jusqu’aux faits, Henri Van Lier inversa sa démarche en 1982. Il adopta alors une démarche inductive qui part du « bas », c’est-à-dire des faits. Il est clair que notre anthropogéniste a compris alors l’importance de la pensée de Darwin, et qu’il a lu, entre une infinité d’autres auteurs, les tenants de la théorie évolutionniste, comme André Leroi-Gourhan, Yves Coppens, Stephen Jay Gould, Pascal Picq, mais aussi le spécialiste de l’objet technique Gilbert Simondon, etc. Il n’hésita pas à se lancer dans l’aventure d’Homo en partant de la période où notre espèce se sépara des chimpanzés, il y a entre 6 et 7 millions d’années. Dans le sillage direct de Darwin, il rejette toute conception créationniste et considère Homo comme un animal parmi les autres.

   Le « commentaire » (sic) de Pierre Marillaud ne porte que sur les points essentiels de l’ouvrage qui nous explique toutes les productions d’Homo, du caillou taillé à Léonard de Vinci, Beethoven, Kant, à la physique nucléaire, aux mathématiques etc. … etc… etc… !

   Bien qu’on trouve aujourd’hui des pierres « usées » datant de 3,5 millions d’années Henri Van Lier, dans le premier chapitre, Le corps technique et sémiotique, situe le début de l’aventure technique d’Homo à 2 000 000 d’années, époque où Homo fabrique déjà des bifaces, témoins de sa capacité singulière à « découper » avec des outils. Cette capacité il la dut à la libération de ses mains par la bipédie avec comme conséquence directe le processus de la « transversalisation » qui l’avait conduit progressivement à pouvoir articuler son milieu, déjà segmentarisé en panoplies et protocoles, et du coup devenir un animal technique et sémiotique. Quand Homo découpe, segmentarise, il entre dans une logique du « oui/non, Ceci/non-ceci » … donc dans une logique de digitalisation qui, selon l’auteur, lui serait propre, ce qui peut se discuter amplement...

   Henri Van Lier met en évidence un processus évolutif qui conduisit le corps dressé d’Homo à passer du segment biologique au segment technique et enfin au segment sémiotique. On n’est ici pas loin du « geste à la parole », ouvrage princeps de Leroi-Gourhan, déjà mentionné plus haut…

   C’est ce processus que Pierre Marillaud tente sinon d’expliciter, du moins de commenter. Pour qui chercherait sur quel « sentier de grande randonnée » se promène Henri Van Lier, on peut répondre, sans grand risque, que les deux « segments » préparant à celui d’Anthropogénie sont le De rerum natura de Lucrèce et évidemment L’origine des espèces de Darwin...

Au terme de la conférence :

؞ Philippe Bécade prit la parole pour souligner l’importance du passage à la position verticale de l’homme, précédé en cela par d’autres primates, sans que pour autant cela ait mené, tout au moins rapidement, au développement du «langage articulé» chez ces derniers. Il insista aussi sur l’importance du développement de la capacité d’opposer le pouce aux autres doigts, permettant ainsi la mise en place d’une « pince », un raffinement praxique capital !

؞ Jean-Luc Nespoulous intervint à son tour en reprenant plusieurs points évoqués par le conférencier et qui lui semblent centraux dans le cheminement intellectuel complexe et évolutif d’Henri Van Lier: deux d’entre eux sont rappelés ci-dessous:

- Lors du décès de Wittgenstein, dans les années 50 du siècle précédent, Van Lier aurait dit que la métaphysique était morte … après avoir, semble-t-il dit, dès l’enfance, qu’il souhaitait devenir métaphysicien (cf. supra) …

- Van Lier, dès le début de son ouvrage majeur Anthropogénie – un terme qui existait déjà avec une portée parfois sujette à polémiques (cf. l’ouvrage d’Ernst Haeckel : « Anthropogénie, ou Histoire de l’évolution humaine » , 1877)— convoque en même temps la technique (s’appuyant sur les travaux scientifiques de Gilbert Simondon) et la sémiotique, sans préciser toutefois si un des courants de cette discipline généraliste – qui a pour objet l’ « étude des signes au sein de la vie sociale » ; Ferdinand de Saussure, 1915) – a sa faveur...

 Il s’agit là d’un « grand écart » sur lequel J-L Nespoulous demande quelques clarifications, en particulier sur le sens que Van Lier donne au mot « signe », pierre angulaire de toute sémiologie générale, et dont l’usage qu’en fait Henri Van Lier semble gommer les différences que d’autres sémioticiens, et en tout premier lieu Peirce, avaient mis en évidence. Ainsi, à titre d’exemple, la trace laissée dans la boue par un sanglier peut difficilement être considérée comme un signe intentionnellement produit à des fins de communication avec autrui (au sein d’une communauté sociale donnée) ! Le terme d’« indice » semble ici plus pertinent.

  Marc Van Lier, fils d’Henri Van Lier et Vice-Président de la Fondation Van Lier10, présent à la séance de l’Académie, répondit alors à Jean-Luc Nespoulous avec clarté et précision, rendant ainsi accessible, sur les points évoqués, la pensée complexe, foisonnante, certainement innovante, et parfois surprenante de son père. Au lendemain de la parution d’« Anthropogénie », plusieurs commentateurs, dans « Le Soir » et dans « Libération » iront jusqu’à qualifier l’entreprise du maître disparu de « surhumaine », d’ « aventureuse », d’ « intrépide ». S’agissant du maître lui-même, Jacques De Decker (« Le Soir ») en fait un « agitateur » dont l’« ouvrage orphelin », comme tous les ouvrages de ce type, est loin d’être d’une appréhension aisée…

Au terme de cet échange fort instructif, Mme Geneviève Falgas, présidente, s'associe à M. Jean-Luc Nespoulous, ancien président, pour remercier leur confrère, M. Perre Marillaud, d'avoir proposé ce thème cher à M. Henri Van Lier dont le fils, M. Marc Van Lier, venu tout spécialement, a pu apporter de brillantes clarifications.

 

    Le lundi 5 octobre 2020, le lieutenant-colonel Philippe Bon rappela d'abord le cadre historique, géographique et politique dans lequel s’inscrivit l’existence de ces généraux montalbanais. Les guerres de la Révolution et de l'Empire permirent à des hommes souvent d'origine modeste de se hisser aux plus hauts niveaux de la hiérarchie militaire grâce à leurs talents, leur bravoure et parfois leur opportunisme politique. Montauban, et l'ancienne généralité de Montauban, aujourd'hui le Tarn-et-Garonne,contribuèrent à la gloire des armées en donnant 14 généraux qui participèrent aux guerres de la Révolution et de l’Empire : Jean Baget, François Bessières, Jacques Boyé, Jean-Baptiste de Bressoles de Siscé, Jean Castelbert de Castelverd, Marie-Anne Jean Alexandre Dubreuil, Jean-Pierre Doumerc, Jean-Baptiste Antoine Laplanche, Anne- Joseph Hippolyte de Maures de Malartic, Jean-François Louis Picault-Desdorides, Jean Isaac Sabatier, Jean La Sabatie, Jean-Marie Noël Delisle de Falcon de Saint-Geniès, Pierre- Marie Gabriel Vidalot du Sirat.Ainsi, le général de Saint-Geniès commanda une partie du Corps des Dromadaires pendant la campagne d’Egypte. L'avènement du gouvernement révolutionnaire changea totalement la pratique guerrière. Dans les guerres de l'Ancien Régime, on évitait les batailles. Les généraux de la Révolution au contraire n’hésitaient pas à poursuivre leurs ennemis. Il faut aussi noter l’instauration de la levée en masse à partir de 1793 qui fit passer l'armée française de 150.000 hommes en 1792 à 700.000 en 1794. Enfin les guerres de l'Empire inaugurèrent la stratégie de la guerre totale tant sur terre que sur mer, introduisant le concept de la nation tout entière en guerre et l'utilisation massive de l'artillerie.

    Puis le conférencier évoqua les origines des généraux et l'évolution de leur carrière. La diversité des origines sociales, les conditions d'avancement atypiques de ces périodes troublées, les différences d'éducation et d'aspiration caractérisent ces généraux. Toutefois, on peut souligner deux aspects communs : l'ascension sociale qui échappeau déterminisme héréditaire car Napoléon, en digne héritier de la Révolution française,conduisit ces officiers vers les sommets de l'échelle sociale, indépendamment de leursorigines. Ensuite, on peut relever leur manque d'indépendance à l'égard des pouvoirset des régimes en place. À l'époque de la Convention, ils sont maintenus dans l'obéissance la plus absolue. Puis ils se rallient au régime impérial et en obtiennent titres, décorations et rentes. Avec l'apparition des premiers revers de Napoléon, ils vont peu à peu se détourner de lui,pour suivre, après la chute de l’Empire, le nouveau Gouvernement Provisoire et Louis XVIII. Pendant les Cent Jours, ils acclament Napoléon qu'ils ont peu avant appelél'"Usurpateur". Enfin, après avoir renié l'Empereur une deuxième fois, ils se mettent à nouveau au service de Louis XVIII.

    Au-delà de ces reniements successifs, il faut pourtant mettre à leur décharge l'apparitiond'un changement de mentalité : ces généraux sont les serviteurs du Pouvoir et non d'un pouvoir. Ils appartiennent à une armée française et non plus à une armée royale, républicaine ou impériale. Parmi ces généraux montalbanais, on ne compte pas d'hommes politiques de grande envergure à l'exception des généraux Bessières et Doumerc. Les origines modestes des deux hommes ne les empêchèrent pas de faire une brillante carrière. Le général Bessières était fils de boulanger et petit-fils de marchand. Sans parler de sacarrière militaire qui se poursuivit jusqu’à sa mise à la retraite en 1815, il fut maire de Montauban à deux reprises, en 1792 et 1815, puis député jusqu'à la secondeRestauration. Le général Jean-Pierre Doumerc, quant à lui, était fils et petit-fils de marchands. Sa carrière militaire fut marquée par de hautes responsabilités, accompagnées dedécorations prestigieuses. Il réussit à traverser tous les régimes en évitant les obstacles. Admis à la retraite en 1832, il fut élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'Honneur. Le nom du Général Doumerc – comme celui du général de Saint-Geniès - est gravé sur le pilier Ouest de l'Arc de triomphe et son nom a été donné à une caserne de Montauban2. « Parce que Montauban a donné à la France 14 généraux, il était juste de leur rendre ommage par cette conférence » : telle fut la conclusion de l'orateur. Au terme de cette présentation, accompagnée d’un magnifique diaporama, la présidente remercia chaleureusement le conférencier. Elle lui demanda alors qui désignait le « Bessières » de la « rue Bessières », puisque deux fils de cette famille s’illustrèrent à lamême époque : le général François Bessières dont il a été question, et son frère cadet, le maréchal d’Empire Jean-Baptiste Bessières, duc d’Istrie, mort en Saxe en 1813. Le conférencier souligna que, d’après certaines sources3, il s'agissait du maréchal Bessières, et non de celui qui fut maire de Montauban. La présidente ajouta « Ce serait peut-être bien que la Mairie mette une plaque plus précise ! À moins qu’il ne s’agisse d’honorer une famille tout entière » !
Toujours dans les questions d’après conférence, notre confrère Michel Manson demanda quelles archives avaient été consultées. Le conférencier précisa, dans sa réponse, qu'il y avait peu de détails sur les généraux montalbanais dans les archives départementales, et qu’il avait consulté des archives militaires.

Il s’agit de la caserne du Cours Foucault (17ème régiment de parachutistes) Voir internet : www.amicale- 17rgp.fr › vone › garnison › doumerc : « Le quartier Doumerc. insigne 17 rgp. Depuis le 1er juillet 1974, le 17e Régiment du génie parachutiste (RGP) est basé au Quartier Doumerc à Montauban ».

3 Vicomte Robert de Mentque, Le Vieux Montauban (p. 116) : "La rue Bessières était baptisée du nom du maréchal Bessières, duc d'Istrie, et non, comme on le croit souvent, du général Bessières, maire de Montauban et député du T&G pendant les Cent-Jours, qui était le frère puîné du maréchal (cf. Emerand Forestié dans ses Ephémérides montalbanaises, p. 156). (Notes de Norbert Sabatié).

Pierre Blanc

 

Regard. L’oeil de Pierre. Le Réveil et Pierre Blanc

par Marie-Paule Redon, académicienne  séance du 2 mars 2020

 

   Cette conférence, donnée par Marie-Paule Redon lors de sa réception du 2 mars 2020, a remis en lumière la personnalité de Pierre Blanc dont la plume était attendue, tant à l’Académie que dans les journaux où il publiait ses chroniques, tel Le Réveil.

   Pierre Blanc, au lendemain de sa disparition, en mai 2011, était unanimement reconnu comme un « fidèle serviteur de l’État, amoureux fou de rugby, d’histoire, d’écriture et de sa ville » et avait « la République chevillée au corps » selon La Dépêche du 23 mai 2011.

 

Pierre Bayle by Louis Ferdinand Elle

Pierre Bayle (1647-1706)

 

Pierre Bayle : Liberté de conscience et soif de savoir : libido sciendi

par Robert d'Artois, académicien,  séance du 3 février 2020

 

   Lors de la séance publique du 3 février, l'académicien Robert d'Artois a souligné, dès son introduction, la complexité de la personnalité de Pierre Bayle dont la vie et l’œuvre sont intimement tressées. C’est pourquoi il a narré de manière très vivante l'itinéraire tant conceptuel que géographique de Pierre Bayle avant d'en montrer son apport à l'histoire de la pensée occidentale.

   Né en 1647, Pierre Bayle est le deuxième fils de Jean Bayle, Montalbanais, pasteur protestant au Carla-le-Comte, qui deviendra, par hommage, deux siècles plus tard, le Carla- Bayle. Sa famille ne pouvant payer deux scolarités, c’est son père qui lui sert de précepteur, sa curiosité naturelle fera le reste, Bayle se qualifiant d’autodidacte, d’où cette passion d'apprendre, sa "libido sciendi" qui l'animera durant toute sa vie.

 

Fig6 Mateu Orfila

 

Mathieu-Joseph-Bonaventure ORFILA (1787-1853) 

pionnier de la toxicologie médico-légale

par Michel Suspène, académicien, séance du 6 janvier 2020

 

   Pour la première séance de l'année 2020, le 6 Janvier, le docteur Michel Suspène, académicien, a prononcé une conférence sur "Mathieu-Joseph-Bonaventure Orfila, pionnier de la toxicologie médico-légale".

   Né à Mahon, capitale de Minorque, le 23 Avril 1787, ce jeune homme reçut une éducation complète, tant littéraire que scientifique. Après s'être embarqué comme marin sur les conseils de son père, il préféra suivre des études médicales à Valence en 1804. Il y obtint un prix de chimie. Grand admirateur de la France, après avoir été inquiété par l'Inquisition, il s'y rendit afin de suivre les cours de Fourcroy pour lesquels il avait obtenu une bourse. Il suivit à Paris les cours du Muséum d'Histoire Naturelle où il devint l'élève de Cuvier et de Lamarck, tout en donnant des cours publics de matières scientifiques qui obtinrent un grand succès. Sa personnalité remarquable sut, tout au long de sa vie, réunir le prestige d'un homme public et le sérieux du chercheur scientifique. Il publia dès 1813 son "traité des poisons ou toxicologie générale".

 

 

Buste dOlympe de Gouges à lAssembléeNationale

Buste d'Olympe de Gouges à l'Assemblée nationale

 

Olympe de Gouges et la postérité 

par Geneviève Falgas, vice-présidente,  séance solennelle  du 15 décembre 2019

 

   Le dimanche 15 décembre 2019, l'Académie de Montauban a tenu sa séance solennelle annuelle. Comme tous les ans, en fin de matinée, dans les salons de l'Hôtel de ville, notre Compagnie a été reçue par Mme Brigitte Barèges, maire de Montauban.Ce fut l'occasion, pour elle, de rendre hommage à l'Académie pour le rayonnement qu'elle apporte à Montauban par les conférences, les livres et la participation à diverses manifestations montalbanaises. Le président de l'Académie lui répondit en soulignant l'esprit d'équipe et de service pour l'intérêt général qui anime l'Académie et en lui offrant le livre sur les Deux siècles d’Histoire de l'Académie (1730-1930) dont l’auteur, Jacques Carral, commenta la composition.

   Après cette réception à la mairie et le déjeuner succulent au restaurant "La Pyramide des Saveurs", au Fort, les académiciens et les académiciennes prirent place au théâtre Olympe-de-Gouges.

   C'est à 15h30 que le président ouvrit la séance solennelle en présence de Mme Barèges. Il souligna la vitalité de l'Académie qui, plus que jamais, sait sortir de Montauban pour contribuer à son rayonnement. Il indiqua également la rénovation des statuts de l'Académie (les précédents dataient de 1997) sous la houlette des académiciens Jacques Carral, Mireille Courdeau et Jean-Marc Detailleur. Enfin, il annonça l’élection, le 4 novembre dernier, de trois nouveaux académiciens : Marie-Paule Redon au 19ème fauteuil, Michel Manson au 17ème fauteuil et Daniel Donadio au 8ème fauteuil.

 

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La Force intérimaire des Nations Unies au Liban - La FINUL

par le général Noël Chazarain, académicien,  séance du 4 novembre 2019

Diaporama : cliquer pour voir

 

     C’est à une intéressante conférence à laquelle a assisté le public le 4 novembre. Elle était prononcée par le général Noël Chazarain, membre titulaire, sur le thème « La Force Intérimaire des Nations-Unies au Liban, la FINUL ».

   Celle-ci a été créée en mars 1978 à la suite de l’invasion du Sud-Liban par Israël répondant aux actions de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Seules les premières années de son existence ont été évoquées (1978-1983). Depuis 1967, le Liban était un pays entraîné dans une spirale de violences. En 1969, avait été accordé aux Palestiniens le droit de lancer des opérations contre Israël à partir du territoire libanais. En 1970, des organisations palestiniennes s’étant implantées au Liban, les représailles se font de plus en plus violentes. En 1975, les tensions dégénèrent en guerre ouverte et, en mars 1978, des attentats, revendiqués par l’OLP, entraînent Israël à pénétrer au Liban. Le gouvernement libanais demande au Conseil de Sécurité de mettre en place la FINUL qui a pour but de confirmer le retrait d’Israël, de rétablir la paix et la sécurité internationales, etc. Le but est d’« assurer un intérim entre une autorité libanaise passée et une autorité à remettre en place », et ce sur toute la partie au sud du Litani (fleuve qui constitue une frontière naturelle) jusqu’aux pentes du mont Hermon, les deux régions étant très fertiles. Ici, les Libanais sont d’origine arabe et la religion principale est l’islam chiite ; les jeunes n’ont pratiquement connu que la guerre et le port des armes leur est coutumier.

 

Mosaque Michel SCHMIDT CHEVALIER

 

Mosaïque de Michel Schmidt-Chevalier (collection particulière)

 

Art et science : complicités, cheminements et perspectives

(conférence de Mme Mireille Courdeau)

Séance du 7 octobre 2019

 

            Selon le rite académique, Mme Courdeau prononce l’éloge de son prédécesseur au 34ème fauteuil, M. le marquis Antoine de Reyniès, ancien président de l’Académie, aujourd’hui membre honoraire. « Homme cultivé, noble de famille et d’esprit, passionné et engagé », il est l’héritier de l’une des plus anciennes familles du Quercy, qui occupe depuis 1786 le château de Reyniès, inscrit en 1974 à l’Inventaire des Monuments historiques. Né à Annecy en 1927, capitaine au long cours, Antoine de Reyniès fait son service militaire à Brest et part au Tonkin. Ayant navigué pendant trente ans au sein de la Compagnie Générale Transatlantique devenue Compagnie Générale Maritime, il séjourne au Havre et traverse l’Atlantique à de multiples reprises. En charge de la sécurité à bord du paquebot France lors de son désarmement, il prend sa retraite à l’âge de 53 ans. Après un séjour parisien, il regagne Reyniès, reçoit la Croix de Guerre des Théâtres des Opérations Extérieures, est fait chevalier de la Légion d’Honneur. Dans son village proche de Montauban, il est exploitant agricole de 1980 à 1995 et s’implique dans la vie locale. Élu premier magistrat de la commune de 1989 à 1995, il restaure l’école et la mairie. Mais sa passion reste l’écriture et, à ce titre, entreprend la noble activité d’écrivain public. Il s’engage dans la vie associative comme président départemental de « Vieilles Maisons de France » et reste séduit par la richesse du patrimoine local. En 2001, il est reçu à l’Académie par le docteur Philippe Rollin, présentant « L’épopée transatlantique au XXe siècle ». Il préside la noble institution en 2010-2011, décide de « transmettre avec dignité [son] fauteuil, bel acte d’humilité ». Aujourd’hui, le marquis de Reyniès se consacre à sa famille, à son château, à son jardin. Mireille Courdeau termine cet éloge sur ces mots : « J’espère être digne de tous ceux qui m’ont précédée ; le sénateur-maire Henri Delbreil, le général Teil et vous-même… ».

            Mireille Courdeau prononce ensuite une communication sur le thème « Art et science : complicités, cheminements et perspectives ». Art et science ne s’opposent pas obligatoirement et progressent souvent ensemble, entretiennent une relation dialectique. Autrefois, les scientifiques ne devaient pas contester les grandes croyances véhiculées par les religions révélées, sauf à être marginalisés ou persécutés. De nos jours, ils partent du principe qu’ils ne savent rien à priori et que leurs découvertes ne valent « que jusqu’au moment où elles seront rendues caduques par d’autres découvertes » ; en fait, on progresse de paradigme en paradigme. Quant à l’art, s’il s’apparentait autrefois fréquemment à une délectation esthétique représentant un monde harmonieux orienté vers la perfection et le divin, il illustre aujourd’hui les multiples formes d’expressions coexistant dans un monde en perpétuelle évolution.

            Abordant son sujet selon une approche principalement artistique, Mireille Courdeau enchaînait avec quelques développements sur l’art pariétal et les sociétés primitives. L’homme préhistorique disposait de deux pigments : le noir (provenant du charbon de bois) et l’ocre (issu d’argiles) ; il peignait en « déformant l’animal ou le chasseur qu’il dessinait en fonction d’une paroi ni plane ni vraiment verticale ». Ce lointain ancêtre était chimiste, géomètre et étayait sa démarche artistique par une approche proto-scientifique. Avec Pythagore, la double approche – mathématique et musicale – est évidente. Au XVe siècle, Léonard de Vinci affirme que « la peinture est la synthèse de toutes les sciences ». Quant à Bach, il était fasciné par les chiffres et les nombres (le 14 n’était-il pas la somme des lettres de son nom ?). Newton est convaincu qu’il existe une correspondance entre la gamme des couleurs et celle des notes musicales. Le Père Castel, chercheur et philosophe, s’intéresse au XVIIIe siècle à l’art de peindre les sons ; mais sa démarche est contestable par manque de rigueur et abus de postulats douteux. Il propose même de concevoir une lanterne magique semblable à celle des colporteurs qui font apparaître châteaux et villes en tirant de petites cordes, comme on actionnerait les touches du clavecin ! De son côté, Benjamin Franklin découvre en Angleterre l’armonica (sans h pour ne pas le confondre avec celui à bouche) de verre et met tout son savoir et son ingéniosité au service de l’art musical tant il est vrai que l’instrument qu’il conçoit a des sonorités douces et pures.

            Au XIXe siècle, entre art et science un « divorce » semble s’établir. D’un côté le courant matérialiste des positivistes autour d’Auguste Comte et, de l’autre, le romantisme. Baudelaire refuse tout rapprochement de l’art et de la science. Mais la rupture sera de courte durée. Ainsi, Leconte de Lisle écrit en 1880 : « L’art et la science, longtemps séparés par suite des efforts divergents de l’intelligence, doivent tendre à s’unir étroitement si ce n’est à se confondre ». En réalité, on assiste à une évolution des langages. Est arrivé le temps des physiciens, astrophysiciens, cosmologistes… et le désir des artistes est de se nourrir des problématiques inhérentes aux sciences et techniques. Ainsi le peintre tchèque Kupka trouve son inspiration dans les astres, les découvertes scientifiques, les abstractions cosmiques. Apollinaire dans « l’esprit nouveau et les poètes » constate avec enthousiasme le cheminement « de concert » de l’art et de la science. En ce début du XXe siècle, Eric Satie introduit des sons produits par une machine à écrire ou un revolver parmi les sonorités de l’orchestre classique, s’inscrivant pour l’art des sons, dans le courant des peintres suprématistes et « abstractistes ». Nouveaux instruments, nouvelles approches, nouvelles esthétiques, nouveaux langages : l’expérimentation artistique prend alors le pas sur l’académisme. Pierre Schaeffer (ingénieur en télécommunications) et Pierre Henry (metteur en ondes artistiques), fondent en 1951 le Groupe de Recherche sur les Musiques Concrètes. Au même moment, les scientifiques travaillent en physique nucléaire à la désintégration du noyau de l’atome… Les musiciens cheminent avec les scientifiques et ce compagnonnage reste, de nos jours, d’actualité. Et Mireille Courdeau de faire découvrir à son auditoire un artiste mosaïste, Michel Schmidt-Chevalier, présent dans une collection particulière à la médiathèque de Lauzerte : « Il décortique, dit-elle, avec le soutien des scientifiques et des philosophes de son temps, les processus de création ».

            Aujourd’hui, artistes et scientifiques cheminent toujours de concert. Les artistes puissent leurs inspirations dans les découvertes scientifiques, technologiques et proposent des créations-abstractions et des créations virtuelles. C’est le cas de Frank Popper pour qui l’arrivée du cyberespace participe à la création d’un nouveau courant : l’art virtuel. L’œuvre artistique chemine de la sorte avec les découvertes liées à la science et à la technologie, comme l’exprime si bien Jacques Mandelbrojt, peintre, physicien-mathématicien, « qui peint des œuvres abstraites, alternances de signes épurés de foisonnement, d’agitations intenses… qui peint le mouvement sur un axe de temps vertical ou horizontal ».

Proche de Jacques Mandelbrojt, Mireille Courdeau ne pense pas qu’intuition et imagination jouent un rôle plus capital dans l'art que dans la science mais que leur statut est différent dans l'un et dans l'autre. Ainsi a-t-on pris l’habitude de penser et d’admettre que la science serait « découverte » d'un ordre préexistant dans la nature, alors que l'art serait « création ». C'est oublier l'aspect construit, des concepts scientifiques et au contraire l'aspect découverte que comporte l'art.

            En conclusion, Mireille Courdeau aura cette réflexion : « Le couple formé par l’art et la science va très certainement naviguer de concert pendant des siècles encore ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas sous-estimer les mutations qui vont s’opérer au niveau de la création artistique du fait de l’apport des nouvelles techniques qui remettront en cause intrinsèquement les processus de création ».

« C’est quand qu’on va où ? » interroge-t-elle, paraphrasant ainsi le chanteur Renaud. Vers quels univers les progrès des neurosciences et des sciences cognitives mis au service de la création artistique nous entraîneront-ils ? C’est à nous de l’imaginer...

            Le président Jean-Luc Nespoulous devait conclure cette brillante et riche conférence par ces mots : « J’oserai qualifier votre conférence de véritable œuvre d’art, reposant toutefois sur un socle scientifique du fait de la rigueur de la démarche que vous avez adoptée pour rendre compte de ces deux champs et de leur articulation. L’art et la science nécessitent toujours, en amont, une importante dose d’imagination. C’est en cela qu’ils se ressemblent. Ces deux domaines ne s’opposent donc pas. Ils constituent les deux pôles d’un continuum, comme le spectre des couleurs… aux transitions continues et non clairement tranchées ».

            Il remettait ensuite à Mireille Courdeau la médaille de l’Académie de Montauban sous les applaudissements nourris de la salle.

 

Gamarra

Un alerte centenaire : Pierre Gamarra tel qu’en lui-même

par Claude Sicard , membre titulaire, ancien président, séance du 3 juin 2019

   C’est à une brillante conférence qu’a été convié un nombreux public, le 3 juin. Le professeur Claude Sicard, membre titulaire et ancien Président de l’Académie, a évoqué la mémoire et le riche parcours d’Un alerte centenaire : Pierre Gamarra tel qu’en lui-même

   Né à Toulouse le 10 juillet 1919, il avait fait ses études à l’Ecole Normale d’Instituteurs de cette ville, puis s’était lancé dans la Résistance en distribuant des tracts et des journaux clandestins. Attaché dès 1949 à la revue parisienne Europe, il aimait se ressourcer sur ses terres occitanes que célèbrent bon nombre de ses œuvres poétiques et romanesques comme La Maison de feu (1948), La Femme et le fleuve (1951), Rosalie Brousse (1953), Le Maître d’école (1955), La Femme de Simon (1962), Rhapsodie des Pyrénées (1963), Les Mystères de Toulouse (1967), Cantilène occitane (1979), Le Fleuve palimpseste (1984), Romances de Garonne (1990)…Dans l’éloge prononcé sur sa tombe au cimetière de Bessens, le 30 mai 2009, Claude Sicard soulignait l’importance de cet "l’écrivain occitan de langue française" : 20 recueils poétiques et 50 romans et nouvelles (dont la moitié à l’intention de la jeunesse), 6 biographies, 5 essais et préfaces, 8 pièces de théâtre…

   Pierre Gamarra avait été élu au 35ème fauteuil de l’Académie, succédant au professeur et homme de théâtre Claude Barousse. Héritier du Siècle des Lumières, il avait écrit en juin 1974 ces phrases lourdes de sens : « Il n’est pas possible de se détourner des mains torturées d’un musicien, des enfants assassinés, des villages et des villes incendiés… Les regards d’un enfant mort – mort par la faute des hommes, dans la guerre des hommes – ces regards sont terribles, insoutenables… ». Sa vie durant, l’écrivain n’a eu de cesse, ainsi que le souligne Claude Sicard, de dénoncer toutes les formes de la violence mortifère et de « symboliser à la fois notre espérance d’un ailleurs à notre portée, tel que la poésie nous le laisse entrevoir, et le retour aux simples richesses de la terre, qui assurent sans artifice notre être au monde »

 

Contes de Perrault

Les contes de Perrault

Le livre pour enfants et l’histoire culturelle de l’enfance (XVIe-XIXe siècles)

par Michel Manson , membre associé, séance du 6 mai 2019

 

   En ce début de mois de mai, l’Académie accueillait Michel Manson, membre associé, pour une conférence intitulée Le livre pour enfants et l’histoire culturelle de l’enfance (XVIe-XIXe siècles). L’auteur est docteur d’État en histoire moderne et contemporaine, professeur émérite en Sciences de l’Éducation, diplômé de l’École Pratique des Hautes-Études ; il a réalisé une thèse sur Le Jouet dans la France d’Ancien Régime et est président-fondateur de l’AFRELOCE (Association française de recherche sur les livres et objets culturels de l’enfance).

   En préambule, Michel Manson indique qu’il ne s’agit pas d’aborder le livre pour enfants sous l’angle de la qualité littéraire d’une "littérature enfantine", mais en tant qu’objet d’une culture d’enfance. L’enfant grandit et se forme dans une société donnée par ses rapports aux autres et aux objets qui l’entourent qui sont ses jouets, ses livres et ses images, ses bonbons. L’histoire des livres pour enfants est donc dépendante de l’histoire de l’enfance. Si, à l’origine, les livres pour enfants sont des abécédaires, des ouvrages moraux, des contes ou des bestiaires, au Moyen Âge et à la Renaissance, ce sont des psautiers, des livres d’heures, des vies de saints, des romans de chevalerie, des fables. L’enfant apprend ainsi à condition qu’on lui présente les sujets sous les yeux, habilement figurés, si tout ce qui raconte l’histoire lui est montré sur l’image (par exemple les Fables d’Ésope, publiées en 1484).

 

 

 Marcabru 2

De l’invective à la mystique, le verbe haut du troubadour gascon Marcabrun (vers 1150)

par Jordi Passerat , membre titulaire, séance du 12 mai 2019

 

 Le dimanche 12 mai, l’Académie s’est déplacée à Dunes et dans la région du Brulhois.

   En matinée, la trentaine de personnes présentes a visité le petit village de Lachapelle et son église, monument historique classé. Ancienne chapelle du château, dont l’architecture extérieure demeure austère, elle a été, au XVIIIe siècle, complètement reconfigurée, avec un merveilleux habillage de boiseries peintes de style baroque qui surprend le visiteur.

   Rendez-vous a ensuite été donné à Donzac, avec son ancien port sur la Garonne, afin de visiter le « Conservatoire de la Ruralité et des Métiers d’autrefois ». Il regroupe plus de 20 000 objets sur 2 000 m² couverts et retrace de nombreux aspects de la vie quotidienne d’autrefois, regroupés par thème : l’école, le bistrot, le bureau de poste, les moyens de transport, les machines agricoles, les alambics, les outils du dentiste ( !) … avec une superbe exposition temporaire de dessins de Sem (Georges Goursat, 1863-1934), grand illustrateur, affichiste et caricaturiste, né à Périgueux, à laquelle succèdera prochainement une exposition de photos de Robert Doisneau (1912-1994)… Pour celles et ceux qui ne connaissaient pas ce Conservatoire, un seul souhait : y revenir le plus rapidement possible pour une visite " prolongée ".

   En fin de matinée, l’Académie était reçue à Dunes, bastide du XIIIe siècle. M. Alain Alary, maire, présentait sa commune : « La bastide (2 318 ha) comprend 1 300 habitants et est située à l’intersection de trois départements ; son taux démographique est élevé et elle reste tristement célèbre en raison des pendaisons du 23 juin 1944 par 200 S.S. de la division Das Reich, faisant d’elle un village-martyr ».

   Christian Astruc, président du Conseil départemental de T & G, ajoutait : « Je m’associe au maire pour vous souhaiter la bienvenue, moi-même ayant été maire de cette commune de 1989 à 2014, avant d’être élu président du Conseil Départemental».

   Le président Jean-Luc Nespoulous terminait les allocutions en remerciant M. Alary et M. Astruc pour leur accueil. Évoquant à son tour le devoir de mémoire qui s’impose devant la barbarie à l’origine des événements du 23 juin 1944 à Dunes, il consacrait ensuite quelques instants à plusieurs « gloires » locales :

  • Léon Lemartin, aviateur, premier pilote d’essai au monde, décédé en 1911,
  • Anne-Marie Canet-Kegels, poétesse, dont il citait un vers :
  • « les ceps que tu plantas continuent ton histoire »,
  • René-Paul Entremont, né à Sète (où Georges Brassens continue à passer « sa mort en vacances » !) mais qui vécut à Dunes de 1978 à 2000 et qui fut « le poète émouvant, qui tourne et vire à tout venant, le chaud au cœur, la verve altière… ».
  • enfin le « vin noir », objet de discussions, voire de discorde, « entre Cadurciens, Lotois, et Tarn-et-Garonnais, épris du Brulhois ! »Les allocutions étaient suivies par un moment convivial offert par la mairie, autour de bons vins accompagnés de succulentes charcuteries…  
  •  et le président de citer Baudelaire : « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous » (Baudelaire, Le Spleen de Paris)

   Après un excellent repas pris au restaurant des Templiers, l’Académie se déplaçait jusqu’au complexe sportif, accueillie par M. Christian Astruc : « Je sais votre attachement à découvrir notre beau territoire départemental. La conférence du jour va nous ramener au Moyen Âge et à l’histoire des troubadours dans notre canton. Je veux, en ma qualité d’élu local, et plus encore en tant que citoyen, contribuer à répandre la mémoire de notre canton des Deux-Rives ».