LES SEANCES DE 2020

 

Les séances sont publiques et ont lieu généralement à 17h le premier lundi de chaque mois sauf durant les trois mois d'été. Elles se tiennent à la Maison de la Culture de Montauban (Ancien Collège). La séance solennelle se déroule au théâtre Olympe-de-Gouges, le deuxième dimanche de décembre.

Vous trouverez dans cette page les comptes rendus de ces séances, par ordre chronologique inversé.

Regard. L’oeil de Pierre. Le Réveil et Pierre Blanc

 

Cette conférence, donnée par Marie-Paule Redon lors de sa réception du 2 mars 2020, a remis en lumière la personnalité de Pierre Blanc dont la plume était attendue, tant à l’Académie que dans les journaux où il publiait ses chroniques, tel Le Réveil.

Pierre Blanc, au lendemain de sa disparition, en mai 2011, était unanimement reconnu comme un « fidèle serviteur de l’État, amoureux fou de rugby, d’histoire, d’écriture et de sa ville » et avait « la République chevillée au corps » selon La Dépêche du 23 mai 2011.

Nombreux sont les membres de l’Académie de Montauban qui s’en souviennent avec émotion et nostalgie et qui sont souvent entrés dans cette vénérable institution avec son soutien. Marie-Paule Redon a évoqué cet académicien, grand humaniste, qui a immortalisé par sa plume le parfum de la jacinthe et l’intime plaisir d’écrire. L’évocation de celui qui fut, par deux fois, président de l’Académie (1998-1999 et 2002-2003) s’est appuyée sur de nombreux extraits des rubriques et chroniques de leur auteur publiés dans le journal Le Réveil. C’est ainsi qu’ont été évoquées les rubriques :

- L’inauguration de la Mélancholie, sculpture de Flavio de Faveri, dans l’Ardenne belge ;

- Le retour de M. Ingres à Rome, qui retrace l’exposition à la Villa Médicis ;

- L’heure de l’Empereur : passage de Napoléon sur la Place Nationale et le cadran solaire ;

- Le concert des oiseaux au Port de Montauban, un rite comme un autre…

- Une conclusion poétique de Pierre Blanc : Le Soir, à partir de la sculpture au Jardin des Plantes.

La nouvelle académicienne a souhaité ardemment, à travers ses propos, faire revivre « Pierre, dans le parfum des mille fleurs et le piaillement des oiseaux de passage, …ses amis… ». Elle a terminé sa conférence par un poème de sa plume avant de recevoir la médaille de l’Académie des mains de la présidente.

Pierre Bayle : Liberté de conscience et soif de savoir : libido sciendi

 

Lors de la séance publique du 3 février, l'académicien Robert d'Artois a souligné, dès son introduction, la complexité de la personnalité de Pierre Bayle dont la vie et l’œuvre sont intimement tressées. C’est pourquoi il a narré de manière très vivante l'itinéraire tant conceptuel que géographique de Pierre Bayle avant d'en montrer son apport à l'histoire de la pensée occidentale.

Né en 1647, Pierre Bayle est le deuxième fils de Jean Bayle, Montalbanais, pasteur protestant au Carla-le-Comte, qui deviendra, par hommage, deux siècles plus tard, le Carla- Bayle. Sa famille ne pouvant payer deux scolarités, c’est son père qui lui sert de précepteur, sa curiosité naturelle fera le reste, Bayle se qualifiant d’autodidacte, d’où cette passion d'apprendre, sa "libido sciendi" qui l'animera durant toute sa vie.

Ce n'est qu'à 19 ans qu'il intègre le collège de Puylaurens, puis son Académie protestante, il la quitte rapidement pour le collège des Jésuites de Toulouse, se convertissant alors au catholicisme, le 19 mars 1669. Mais dix-huit mois plus tard, ayant obtenu le grade de bachelier ès-arts, il s'enfuit de Toulouse et retourne à la religion réformée.

Devenu relaps, il s'enfuit à Genève en août 1670. Il survit en devenant précepteur, puis rentré en France en 1674 malgré les risques encourus, il devient par la suite titulaire de la chaire de philosophie à l'Académie réformée de Sedan.

C'est à Sedan qu'il se lie avec le professeur de théologie Pierre Jurieu et ce, pour le meilleur comme pour le pire. L’Académie fermée, Pierre Bayle quitte définitivement la France en 1681 pour Rotterdam,. L'on y crée pour lui comme pour Pierre Jurieu une "Ecole Illustre" : Bayle y enseigne la philosophie et l'histoire, Jurieu la théologie.

En mars 1682 paraît, sous anonymat et sous faux nom d'éditeur, son ouvrage Les pensées diverses sur la comète de 1680. Dans un style tonique sous forme de lettres à un docteur de Sorbonne, il y pourfend les préjugés qui attribuent aux comètes une influence mystérieuse sur les événements humains, dénonçant les excès de la superstition. Deux ans plus tard en 1684, il crée ses Nouvelles de la république des lettres, revue mensuelle, ancêtre de tous les magazines littéraires, ce qui lui confèrera une grande notoriété dans l'Europe savante.

Mais deux événements ont bouleversé sa vie : l'un concerne son frère aîné Jacob, l'autre la querelle avec Jurieu.

Tout d'abord en 1685, l'année de la révocation de l'Édit de Nantes, le frère aîné de Pierre Bayle, Jacob, meurt en prison après une longue agonie. Il avait refusé d'abjurer le protestantisme ; Pierre se sent responsable de sa mort à cause de ses publications. En effet était paru à Amsterdam en 1682 sous anonymat une Critique générale de l'histoire du Calvinisme du père Mainbourg, un jésuite qui cherchait à propager la haine sur la conduite des réformés.

Toujours sur la brèche, il publie en 1686 son Commentaire philosophique sur ces paroles du Christ "compelle intrare" (contrains-les d'entrer). Cet ouvrage sera publié à plusieurs reprises sous le titre : De la tolérance, commentaire philosophique. Là résident toute la nouveauté et la force de Bayle car il fait la distinction entre ce qui relève de la théologie et ce qui relève de la philosophie.

L'idée de la tolérance qu'il soutient contre les catholiques lui attire l'hostilité du protestant Jurieu, aussi intolérant que ses adversaires. En 1691, celui-ci le dénonçant au consistoire pour athéisme ainsi que pour propos contraires à l'esprit de la république hollandaise, obtient sa révocation de la charge de professeur. De santé fragile, il meurt à 59 ans, miné par la tuberculose, le 28 décembre 1706.

Le conférencier aborda ensuite les trois points forts de l'apport à l'histoire de la pensée occidentale, intimement liés par le primat donné à la raison à savoir :

La tolérance, qui vient de l'absence de certitude. Si l'on ne peut être certain de rien, chacun est libre de penser ce qu'il veut, quel que soit le sujet., c’est donc la liberté de conscience qui fonde la tolérance. Bayle défend les droits de ce qu'il appelle "la conscience errante", donc le droit à l'erreur et pose hardiment le principe de libre examen et de libre discussion.

La dissociation entre morale et religion, qui marque en citant de grandes figures exemplaires, que l'on peut être religieux sans être moral et être moral sans être religieux, car c’est la raison qui est la source d'une morale indépendante.

Le Dictionnaire historique et critique, qui constitue le grand-œuvre de Pierre Bayle. La première édition sort en 1696. Il a pour objet de corriger, par un examen critique, les erreurs couramment admises. En multipliant les niveaux de lecture, l'analyse contradictoire et les renvois instructifs, le Dictionnaire connaît un succès considérable.

Pierre Bayle, apôtre de la tolérance, et premier encyclopédiste a ouvert la voie aux philosophes du dix-huitième siècle qui puiseront sans cesse dans son Dictionnaire. Sa volonté ferme de passer toute information au trébuchet de la raison, en fait le précurseur de la critique historique moderne.

De nombreuses questions furent posées sur les positions philosophiques et historiques de Pierre Bayle. Robert d’Artois souligna combien la curiosité d’esprit conduite par la raison était essentielle pour Pierre Bayle qui s’opposait à tout dogmatisme. L’académicien Jean-Luc Nespoulous, neuro-linguiste, précisa que Bayle, par la disposition des notes de part et d’autre du corpus du texte, permettait une compréhension plus facile des écrits.

 

Mathieu-Joseph-Bonaventure ORFILA (1787-1853)

pionnier de la toxicologie médico-légale

par Michel Suspène, membre titulaire

Pour la première séance de l'année 2020, le 6 Janvier, le docteur Michel Suspène, académicien, a prononcé une conférence sur "Mathieu-Joseph-Bonaventure Orfila, pionnier de la toxicologie médico-légale".

Né à Mahon, capitale de Minorque, le 23 Avril 1787, ce jeune homme reçut une éducation complète, tant littéraire que scientifique. Après s'être embarqué comme marin sur les conseils de son père, il préféra suivre des études médicales à Valence en 1804. Il y obtint un prix de chimie. Grand admirateur de la France, après avoir été inquiété par l'Inquisition, il s'y rendit afin de suivre les cours de Fourcroy pour lesquels il avait obtenu une bourse. Il suivit à Paris les cours du Muséum d'Histoire Naturelle où il devint l'élève de Cuvier et de Lamarck, tout en donnant des cours publics de matières scientifiques qui obtinrent un grand succès.

Sa personnalité remarquable sut, tout au long de sa vie, réunir le prestige d'un homme public et le sérieux du chercheur scientifique. Il publia dès 1813 son "traité des poisons ou toxicologie générale". En 1815, il fut membre correspondant officiel de l'Académie des sciences. Le 26 Décembre 1818, Mathieu Orfila fut naturalisé français, ce qui lui permit le 1er Mars 1819 de devenir professeur de la chaire de Médecine légale à la Faculté de Médecine de Paris à l'initiative de Royer-Collard à qui il succéda. Il étudia les applications de la chimie à la médecine légale et s'intéressa particulièrement à l'empoisonnement par l'anhydride arsénieux et fut dès lors sollicité pour des expertises judiciaires. En 1821, il publia ses "Leçons de Médecine Légale", condensé de ses cours. En 1823, il remplaça son maître Vauquelin à la chaire de chimie.

Jusqu'en 1830, il profita d'une période féconde où il menait de front les soins donnés à la clientèle, ses leçons de chimie, ses recherches toxicologiques, ses premières expertises. En 1831, il fut nommé doyen de la Faculté de Médecine. Tant de succès ne pouvaient que lui attirer des jalousies. La nomination d'un professeur d'anatomie descriptive ayant été contestée par les étudiants, s'engagea une vive polémique mettant en cause Orfila. Un ouvrage pamphlétaire, intitulé "La Némésis Médicale", parut en 1840, écrit par un médecin de Marseille François Fabre et illustré par Honoré Daumier le célèbre caricaturiste.

Le soupçon d’empoisonnement étant évoqué lors de toute mort suspecte, Mathieu Orfila prit part en expert judiciaire à de nombreuses affaires retentissantes (en 1839 l'affaire Marie Nauleau, accusée de l'empoisonnement de son mari, qu'il fit acquitter ; en 1840 le procès Rigal). En 1836, un chimiste anglais James Marsh (1794-1846) ayant mis au point un appareil pour la recherche d'arsenic dans les viscères, Orfila la perfectionna en utilisant l'acide nitrique permettant d'avoir une substance relativement pure. Lors de l'affaire Louis Mercier à Dijon, Orfila se retrouva face à Vincent Raspail. Leur opposition venait des différences politiques entre les deux chimistes : l'un, Orfila, proche du Roi et du pouvoir en place, l'autre Raspail, républicain convaincu. Il allait, à nouveau, se retrouver face à Vincent Raspail lors de l'affaire Lafarge qui divisa les Français. Marie Capelle, veuve d'un monsieur Pouch, s'était remariée avec M. Lafarge, maître de forges au Glandier en Corrèze, et fut accusée d'avoir empoisonné son mari à l'arsenic. Orfila exposa ses idées mais Raspail qui n'avait pu comparaître à Tulle à cause d'un accident remit en question l'expertise d'Orfila. Madame Lafarge, condamnée, proclama son innocence jusqu'à son dernier jour. L'affaire demeure une énigme judiciaire. Certains pensent que Marie Lafarge aurait inspiré Gustave Flaubert pour son personnage d'Emma Bovary et Léon Tolstoï pour son héroïne Anna Karénine.

Alors que la Révolution de 1848 voyait Vincent Raspail devenir membre du gouvernement provisoire et demander que fût retiré à Orfila son titre de doyen, celui-ci n'en continua pas moins à travailler et mourut en Mars 1853 d'une pneumonie. Après sa mort, le consensus se fit pour lui rendre hommage car on voit à travers tous les travaux d'Orfila se constituer scientifiquement une véritable toxicologie médico-légale. On donna son nom à une rue de Paris.

Au terme de la présentation du conférencier, Geneviève Falgas, présidente de l'Académie, remercia chaleureusement l'orateur pour cet exposé très clair et fort bien documenté.

Comme il n’y eut aucune question posée par l’auditoire, la présidente posa à l’orateur trois questions.

Mateo Orfila fut-il un homme d’argent ? Fut-il un homme d’intrigue ? Existait-il un sens européen dans les recherches scientifiques ?

Le conférencier précisa dans ses réponses que Mateo Orfila n’était ni un homme d’argent ni un homme d’intrigue et que les Espagnols estimaient beaucoup la France pour les études scientifiques.

Enfin, l’académicien Michel Manson, qui assista l’orateur dans les projections illustrant la conférence, précisa que les recherches toxicologiques permirent des progrès dans l’analyse des colorants toxiques dans les produits alimentaires.

La présidente clôtura officiellement la séance en annonçant la prochaine conférence du lundi 3 février.

Le dimanche 15 décembre 2019, l'Académie de Montauban a tenu sa séance solennelle annuelle. Comme tous les ans, en fin de matinée, dans les salons de l'Hôtel de ville, notre Compagnie a été reçue par Mme Brigitte Barèges, maire de Montauban.

Ce fut l'occasion, pour elle, de rendre hommage à l'Académie pour le rayonnement qu'elle apporte à Montauban par les conférences, les livres et la participation à diverses manifestations montalbanaises. Le président de l'Académie lui répondit en soulignant l'esprit d'équipe et de service pour l'intérêt général qui anime l'Académie et en lui offrant le livre sur les Deux siècles d’Histoire de l'Académie (1730-1930) dont l’auteur, Jacques Carral, commenta la composition.

Après cette réception à la mairie et le déjeuner succulent au restaurant "La Pyramide des Saveurs", au Fort, les académiciens et les académiciennes prirent place au théâtre Olympe-de-Gouges.

C'est à 15h30 que le président ouvrit la séance solennelle en présence de Mme Barèges. Il souligna la vitalité de l'Académie qui, plus que jamais, sait sortir de Montauban pour contribuer à son rayonnement. Il indiqua également la rénovation des statuts de l'Académie (les précédents dataient de 1997) sous la houlette des académiciens Jacques Carral, Mireille Courdeau et Jean-Marc Detailleur. Enfin, il annonça l’élection, le 4 novembre dernier, de trois nouveaux académiciens : Marie-Paule Redon au 19ème fauteuil, Michel Manson au 17ème fauteuil et Daniel Donadio au 8ème fauteuil.

La parole fut ensuite donnée à Mme le maire dont la remarquable intervention traita de l'importance d'Olympe de Gouges dans la Révolution française. Parce qu'elle était une femme, l'image d'Olympe de Gouges fut longtemps négative, car d'Hypatie à Rosa Luxemburg le martyrologe des femmes est sans fin. Or elle défendit les droits des femmes, promut de nombreuses réformes sociales, lutta contre l'esclavage et crut au débat d'idées mais elle fut décapitée, victime des violences révolutionnaires. En 2014, l'accès au Panthéon lui fut refusé, mais l'installation de son buste à la salle des Quatre-Colonnes à l'Assemblée nationale montre que son importance historique est enfin reconnue.

Ce fut ensuite Jean Luiggi, secrétaire général de l'Académie, qui rappela les activités de notre institution en 2019 (conférences, colloque, rénovation des statuts, élection de trois nouveaux membres).

Enfin, comme point d’orgue de cette séance solennelle, Geneviève Falgas, historienne, académicienne, et future présidente prit la parole pour présenter sa conférence intitulée « Olympe de Gouges et la postérité ».

La riche polysémie du mot postérité permit à la conférencière d'évoquer tant la trace laissée par cette femme d'exception dans l'histoire des idées que la descendance au sens incarné du terme puisqu'Olympe de Gouges, à sa mort en 1793, à l'âge de 45 ans, laissait une descendance, un fils marié, père de plusieurs enfants.

Olympe de Gouges a longtemps été ignorée et discréditée : aucune conférence ne fut faite à son propos à l'Académie jusqu'en 2006, sauf dans les bulletins de 1900 et 1901 où se trouvent deux longs articles de l'académicien Édouard Forestié portant des appréciations négatives sur la personnalité d'Olympe de Gouges.

Si son combat en faveur du droit des femmes est bien connu, il ne faut pas oublier, pour reprendre le mot de Geneviève André-Acquier, qu'Olympe de Gouges est « à l'origine de grands projets démocratiques » réclamant l'égalité pour tous, l'aide de l'État à tous les laissés-pour-compte de la société, non seulement les femmes, mais aussi les malades, les Noirs, les enfants illégitimes...

Ses combats fondateurs d'un véritable humanisme sont nourris des violences qu'elle a subies dès son enfance avec l'humiliation originelle de sa non-reconnaissance par celui dont elle avait la certitude d'être la fille, le poète et dramaturge Jean-Jacques Lefranc de Pompignan. Puis ce fut la violence d'un mariage à 17 ans et les difficultés, après son veuvage, de la vie d'une jeune femme non mariée. Enfin, ce furent les violences d'une époque révolutionnaire qui s'opposent à la sérénité d'un vrai débat démocratique et argumenté qu'Olympe de Gouges aurait souhaité.

Cet héritage immatériel que constitue son œuvre et l'universalité de sa pensée se double de la postérité de l'hommage rendu sur tous les lieux, bâtiments, écoles qui deviennent ainsi des « lieux de mémoire » selon la formule de l'historien Pierre Nora.

Enfin, le mot "postérité" a aussi un sens premier, biologique, celui d'une descendance. La lignée à laquelle Olympe de Gouges a donné naissance s'est bel et bien perpétuée jusqu'à nos jours. Il se trouve que Geneviève Falgas, au début du mois de juin 2018, faisait la connaissance d'une descendante d'Olympe accompagnée de son époux, venus d'Australie. Christine Serrano, née Bencke, représente la huitième génération en ligne directe.

La postérité d'Olympe de Gouges est donc assurée sur le plan de l'incarnation. Mais sa postérité sur le plan de l'héritage historique suscite encore des polémiques entre deux courants universitaires, les uns en sa faveur, les autres fortement contre elle, poursuivant la défense de l'action politique de Robespierre.

Olivier Blanc dont les travaux ont nourri les recherches de Geneviève Falgas s'oppose avec fermeté à cette polémique : « Il s'agit de ne pas laisser calomnier à nouveau la mémoire d'une femme remarquable qui fut assassinée le 3 novembre 1793 par les fauteurs du 31 mai 1793, les pires d'entre les démagogues, assassins et voleurs impunis de notre histoire ». C'est pourquoi il faut sans cesse redonner pleinement sa place à Olympe de Gouges dans toutes ses dimensions tant personnelles que collectives, car la misogynie demeure latente et prompte à se manifester.

En conclusion, Geneviève Falgas fit diffuser un extrait d’une symphonie du chevalier de Saint-George, jouée par l'ensemble « Les Passions » sous la direction de l'académicien Jean-Marc Andrieu, évocation du combat anti-esclavagiste d'Olympe de Gouges. Les applaudissements nourris du public témoignèrent de la joie des auditeurs ressentie à l'écoute de la conférence.

Les diverses interventions et la conférence elle-même ont été ponctuées et illustrées d'intermèdes musicaux assurés par les élèves de la classe de chant du Conservatoire de musique de Montauban. Accompagnés au piano par Anne-Lise Pierre, deux chanteurs de talent, Pierre Pugnière, baryton, et Margaux Oblet, soprano, ont interprété avec grâce et sensibilité des extraits d'opéras de Mozart.

Avant la clôture de cette remarquable séance solennelle, Jean-Luc Nespoulous, président sortant, a remercié tous les membres du Bureau de l'Académie ainsi que l'ensemble de ses consœurs et confrères qui l'ont soutenu dans ses actions et qui ont ainsi contribué au succès de son mandat.

Il a présenté les membres nouvellement élus en novembre. Puis il remit solennellement la clé de l'Académie à la nouvelle présidente Geneviève Falgas. Celle-ci témoigna de sa reconnaissance envers le président sortant pour l'esprit d'équipe qu'il sut impulser et auquel elle souhaite donner suite.

Composition du Conseil d’Administration qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2020

Geneviève FALGAS , présidente

Robert d'ARTOIS, vice-président

Jean LUIGGI, secrétaire général

Mireille COURDEAU, secrétaire générale adjointe

Yves RIPOLL, trésorier

Roland GARRIGUES, trésorier adjoint

Norbert SABATIÉ, publications

Maurice PETIT, communication

Philippe BÉCADE, relations inter-académiques

Madeleine CARENCO, secrétaire des séances

Christian STIERLÉ, archiviste

Finul Liban 1981 1982.jpg   

La Force intérimaire des Nations Unies au Liban - La FINUL

par le général Noël Chazarain, académicien,  séance du 4 novembre 2019

Diaporama : cliquer pour voir

 

     C’est à une intéressante conférence à laquelle a assisté le public le 4 novembre. Elle était prononcée par le général Noël Chazarain, membre titulaire, sur le thème « La Force Intérimaire des Nations-Unies au Liban, la FINUL ».

   Celle-ci a été créée en mars 1978 à la suite de l’invasion du Sud-Liban par Israël répondant aux actions de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Seules les premières années de son existence ont été évoquées (1978-1983). Depuis 1967, le Liban était un pays entraîné dans une spirale de violences. En 1969, avait été accordé aux Palestiniens le droit de lancer des opérations contre Israël à partir du territoire libanais. En 1970, des organisations palestiniennes s’étant implantées au Liban, les représailles se font de plus en plus violentes. En 1975, les tensions dégénèrent en guerre ouverte et, en mars 1978, des attentats, revendiqués par l’OLP, entraînent Israël à pénétrer au Liban. Le gouvernement libanais demande au Conseil de Sécurité de mettre en place la FINUL qui a pour but de confirmer le retrait d’Israël, de rétablir la paix et la sécurité internationales, etc. Le but est d’« assurer un intérim entre une autorité libanaise passée et une autorité à remettre en place », et ce sur toute la partie au sud du Litani (fleuve qui constitue une frontière naturelle) jusqu’aux pentes du mont Hermon, les deux régions étant très fertiles. Ici, les Libanais sont d’origine arabe et la religion principale est l’islam chiite ; les jeunes n’ont pratiquement connu que la guerre et le port des armes leur est coutumier.

 

Mosaque Michel SCHMIDT CHEVALIER

 

Mosaïque de Michel Schmidt-Chevalier (collection particulière)

 

Art et science : complicités, cheminements et perspectives

(conférence de Mme Mireille Courdeau)

Séance du 7 octobre 2019

 

            Selon le rite académique, Mme Courdeau prononce l’éloge de son prédécesseur au 34ème fauteuil, M. le marquis Antoine de Reyniès, ancien président de l’Académie, aujourd’hui membre honoraire. « Homme cultivé, noble de famille et d’esprit, passionné et engagé », il est l’héritier de l’une des plus anciennes familles du Quercy, qui occupe depuis 1786 le château de Reyniès, inscrit en 1974 à l’Inventaire des Monuments historiques. Né à Annecy en 1927, capitaine au long cours, Antoine de Reyniès fait son service militaire à Brest et part au Tonkin. Ayant navigué pendant trente ans au sein de la Compagnie Générale Transatlantique devenue Compagnie Générale Maritime, il séjourne au Havre et traverse l’Atlantique à de multiples reprises. En charge de la sécurité à bord du paquebot France lors de son désarmement, il prend sa retraite à l’âge de 53 ans. Après un séjour parisien, il regagne Reyniès, reçoit la Croix de Guerre des Théâtres des Opérations Extérieures, est fait chevalier de la Légion d’Honneur. Dans son village proche de Montauban, il est exploitant agricole de 1980 à 1995 et s’implique dans la vie locale. Élu premier magistrat de la commune de 1989 à 1995, il restaure l’école et la mairie. Mais sa passion reste l’écriture et, à ce titre, entreprend la noble activité d’écrivain public. Il s’engage dans la vie associative comme président départemental de « Vieilles Maisons de France » et reste séduit par la richesse du patrimoine local. En 2001, il est reçu à l’Académie par le docteur Philippe Rollin, présentant « L’épopée transatlantique au XXe siècle ». Il préside la noble institution en 2010-2011, décide de « transmettre avec dignité [son] fauteuil, bel acte d’humilité ». Aujourd’hui, le marquis de Reyniès se consacre à sa famille, à son château, à son jardin. Mireille Courdeau termine cet éloge sur ces mots : « J’espère être digne de tous ceux qui m’ont précédée ; le sénateur-maire Henri Delbreil, le général Teil et vous-même… ».

            Mireille Courdeau prononce ensuite une communication sur le thème « Art et science : complicités, cheminements et perspectives ». Art et science ne s’opposent pas obligatoirement et progressent souvent ensemble, entretiennent une relation dialectique. Autrefois, les scientifiques ne devaient pas contester les grandes croyances véhiculées par les religions révélées, sauf à être marginalisés ou persécutés. De nos jours, ils partent du principe qu’ils ne savent rien à priori et que leurs découvertes ne valent « que jusqu’au moment où elles seront rendues caduques par d’autres découvertes » ; en fait, on progresse de paradigme en paradigme. Quant à l’art, s’il s’apparentait autrefois fréquemment à une délectation esthétique représentant un monde harmonieux orienté vers la perfection et le divin, il illustre aujourd’hui les multiples formes d’expressions coexistant dans un monde en perpétuelle évolution.

            Abordant son sujet selon une approche principalement artistique, Mireille Courdeau enchaînait avec quelques développements sur l’art pariétal et les sociétés primitives. L’homme préhistorique disposait de deux pigments : le noir (provenant du charbon de bois) et l’ocre (issu d’argiles) ; il peignait en « déformant l’animal ou le chasseur qu’il dessinait en fonction d’une paroi ni plane ni vraiment verticale ». Ce lointain ancêtre était chimiste, géomètre et étayait sa démarche artistique par une approche proto-scientifique. Avec Pythagore, la double approche – mathématique et musicale – est évidente. Au XVe siècle, Léonard de Vinci affirme que « la peinture est la synthèse de toutes les sciences ». Quant à Bach, il était fasciné par les chiffres et les nombres (le 14 n’était-il pas la somme des lettres de son nom ?). Newton est convaincu qu’il existe une correspondance entre la gamme des couleurs et celle des notes musicales. Le Père Castel, chercheur et philosophe, s’intéresse au XVIIIe siècle à l’art de peindre les sons ; mais sa démarche est contestable par manque de rigueur et abus de postulats douteux. Il propose même de concevoir une lanterne magique semblable à celle des colporteurs qui font apparaître châteaux et villes en tirant de petites cordes, comme on actionnerait les touches du clavecin ! De son côté, Benjamin Franklin découvre en Angleterre l’armonica (sans h pour ne pas le confondre avec celui à bouche) de verre et met tout son savoir et son ingéniosité au service de l’art musical tant il est vrai que l’instrument qu’il conçoit a des sonorités douces et pures.

            Au XIXe siècle, entre art et science un « divorce » semble s’établir. D’un côté le courant matérialiste des positivistes autour d’Auguste Comte et, de l’autre, le romantisme. Baudelaire refuse tout rapprochement de l’art et de la science. Mais la rupture sera de courte durée. Ainsi, Leconte de Lisle écrit en 1880 : « L’art et la science, longtemps séparés par suite des efforts divergents de l’intelligence, doivent tendre à s’unir étroitement si ce n’est à se confondre ». En réalité, on assiste à une évolution des langages. Est arrivé le temps des physiciens, astrophysiciens, cosmologistes… et le désir des artistes est de se nourrir des problématiques inhérentes aux sciences et techniques. Ainsi le peintre tchèque Kupka trouve son inspiration dans les astres, les découvertes scientifiques, les abstractions cosmiques. Apollinaire dans « l’esprit nouveau et les poètes » constate avec enthousiasme le cheminement « de concert » de l’art et de la science. En ce début du XXe siècle, Eric Satie introduit des sons produits par une machine à écrire ou un revolver parmi les sonorités de l’orchestre classique, s’inscrivant pour l’art des sons, dans le courant des peintres suprématistes et « abstractistes ». Nouveaux instruments, nouvelles approches, nouvelles esthétiques, nouveaux langages : l’expérimentation artistique prend alors le pas sur l’académisme. Pierre Schaeffer (ingénieur en télécommunications) et Pierre Henry (metteur en ondes artistiques), fondent en 1951 le Groupe de Recherche sur les Musiques Concrètes. Au même moment, les scientifiques travaillent en physique nucléaire à la désintégration du noyau de l’atome… Les musiciens cheminent avec les scientifiques et ce compagnonnage reste, de nos jours, d’actualité. Et Mireille Courdeau de faire découvrir à son auditoire un artiste mosaïste, Michel Schmidt-Chevalier, présent dans une collection particulière à la médiathèque de Lauzerte : « Il décortique, dit-elle, avec le soutien des scientifiques et des philosophes de son temps, les processus de création ».

            Aujourd’hui, artistes et scientifiques cheminent toujours de concert. Les artistes puissent leurs inspirations dans les découvertes scientifiques, technologiques et proposent des créations-abstractions et des créations virtuelles. C’est le cas de Frank Popper pour qui l’arrivée du cyberespace participe à la création d’un nouveau courant : l’art virtuel. L’œuvre artistique chemine de la sorte avec les découvertes liées à la science et à la technologie, comme l’exprime si bien Jacques Mandelbrojt, peintre, physicien-mathématicien, « qui peint des œuvres abstraites, alternances de signes épurés de foisonnement, d’agitations intenses… qui peint le mouvement sur un axe de temps vertical ou horizontal ».

Proche de Jacques Mandelbrojt, Mireille Courdeau ne pense pas qu’intuition et imagination jouent un rôle plus capital dans l'art que dans la science mais que leur statut est différent dans l'un et dans l'autre. Ainsi a-t-on pris l’habitude de penser et d’admettre que la science serait « découverte » d'un ordre préexistant dans la nature, alors que l'art serait « création ». C'est oublier l'aspect construit, des concepts scientifiques et au contraire l'aspect découverte que comporte l'art.

            En conclusion, Mireille Courdeau aura cette réflexion : « Le couple formé par l’art et la science va très certainement naviguer de concert pendant des siècles encore ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas sous-estimer les mutations qui vont s’opérer au niveau de la création artistique du fait de l’apport des nouvelles techniques qui remettront en cause intrinsèquement les processus de création ».

« C’est quand qu’on va où ? » interroge-t-elle, paraphrasant ainsi le chanteur Renaud. Vers quels univers les progrès des neurosciences et des sciences cognitives mis au service de la création artistique nous entraîneront-ils ? C’est à nous de l’imaginer...

            Le président Jean-Luc Nespoulous devait conclure cette brillante et riche conférence par ces mots : « J’oserai qualifier votre conférence de véritable œuvre d’art, reposant toutefois sur un socle scientifique du fait de la rigueur de la démarche que vous avez adoptée pour rendre compte de ces deux champs et de leur articulation. L’art et la science nécessitent toujours, en amont, une importante dose d’imagination. C’est en cela qu’ils se ressemblent. Ces deux domaines ne s’opposent donc pas. Ils constituent les deux pôles d’un continuum, comme le spectre des couleurs… aux transitions continues et non clairement tranchées ».

            Il remettait ensuite à Mireille Courdeau la médaille de l’Académie de Montauban sous les applaudissements nourris de la salle.

 

Gamarra

Un alerte centenaire : Pierre Gamarra tel qu’en lui-même

par Claude Sicard , membre titulaire, ancien président, séance du 3 juin 2019

   C’est à une brillante conférence qu’a été convié un nombreux public, le 3 juin. Le professeur Claude Sicard, membre titulaire et ancien Président de l’Académie, a évoqué la mémoire et le riche parcours d’Un alerte centenaire : Pierre Gamarra tel qu’en lui-même

   Né à Toulouse le 10 juillet 1919, il avait fait ses études à l’Ecole Normale d’Instituteurs de cette ville, puis s’était lancé dans la Résistance en distribuant des tracts et des journaux clandestins. Attaché dès 1949 à la revue parisienne Europe, il aimait se ressourcer sur ses terres occitanes que célèbrent bon nombre de ses œuvres poétiques et romanesques comme La Maison de feu (1948), La Femme et le fleuve (1951), Rosalie Brousse (1953), Le Maître d’école (1955), La Femme de Simon (1962), Rhapsodie des Pyrénées (1963), Les Mystères de Toulouse (1967), Cantilène occitane (1979), Le Fleuve palimpseste (1984), Romances de Garonne (1990)…Dans l’éloge prononcé sur sa tombe au cimetière de Bessens, le 30 mai 2009, Claude Sicard soulignait l’importance de cet "l’écrivain occitan de langue française" : 20 recueils poétiques et 50 romans et nouvelles (dont la moitié à l’intention de la jeunesse), 6 biographies, 5 essais et préfaces, 8 pièces de théâtre…

   Pierre Gamarra avait été élu au 35ème fauteuil de l’Académie, succédant au professeur et homme de théâtre Claude Barousse. Héritier du Siècle des Lumières, il avait écrit en juin 1974 ces phrases lourdes de sens : « Il n’est pas possible de se détourner des mains torturées d’un musicien, des enfants assassinés, des villages et des villes incendiés… Les regards d’un enfant mort – mort par la faute des hommes, dans la guerre des hommes – ces regards sont terribles, insoutenables… ». Sa vie durant, l’écrivain n’a eu de cesse, ainsi que le souligne Claude Sicard, de dénoncer toutes les formes de la violence mortifère et de « symboliser à la fois notre espérance d’un ailleurs à notre portée, tel que la poésie nous le laisse entrevoir, et le retour aux simples richesses de la terre, qui assurent sans artifice notre être au monde »

 

Contes de Perrault

Les contes de Perrault

Le livre pour enfants et l’histoire culturelle de l’enfance (XVIe-XIXe siècles)

par Michel Manson , membre associé, séance du 6 mai 2019

 

   En ce début de mois de mai, l’Académie accueillait Michel Manson, membre associé, pour une conférence intitulée Le livre pour enfants et l’histoire culturelle de l’enfance (XVIe-XIXe siècles). L’auteur est docteur d’État en histoire moderne et contemporaine, professeur émérite en Sciences de l’Éducation, diplômé de l’École Pratique des Hautes-Études ; il a réalisé une thèse sur Le Jouet dans la France d’Ancien Régime et est président-fondateur de l’AFRELOCE (Association française de recherche sur les livres et objets culturels de l’enfance).

   En préambule, Michel Manson indique qu’il ne s’agit pas d’aborder le livre pour enfants sous l’angle de la qualité littéraire d’une "littérature enfantine", mais en tant qu’objet d’une culture d’enfance. L’enfant grandit et se forme dans une société donnée par ses rapports aux autres et aux objets qui l’entourent qui sont ses jouets, ses livres et ses images, ses bonbons. L’histoire des livres pour enfants est donc dépendante de l’histoire de l’enfance. Si, à l’origine, les livres pour enfants sont des abécédaires, des ouvrages moraux, des contes ou des bestiaires, au Moyen Âge et à la Renaissance, ce sont des psautiers, des livres d’heures, des vies de saints, des romans de chevalerie, des fables. L’enfant apprend ainsi à condition qu’on lui présente les sujets sous les yeux, habilement figurés, si tout ce qui raconte l’histoire lui est montré sur l’image (par exemple les Fables d’Ésope, publiées en 1484).

 

 

 Marcabru 2

De l’invective à la mystique, le verbe haut du troubadour gascon Marcabrun (vers 1150)

par Jordi Passerat , membre titulaire, séance du 12 mai 2019

 

 Le dimanche 12 mai, l’Académie s’est déplacée à Dunes et dans la région du Brulhois.

   En matinée, la trentaine de personnes présentes a visité le petit village de Lachapelle et son église, monument historique classé. Ancienne chapelle du château, dont l’architecture extérieure demeure austère, elle a été, au XVIIIe siècle, complètement reconfigurée, avec un merveilleux habillage de boiseries peintes de style baroque qui surprend le visiteur.

   Rendez-vous a ensuite été donné à Donzac, avec son ancien port sur la Garonne, afin de visiter le « Conservatoire de la Ruralité et des Métiers d’autrefois ». Il regroupe plus de 20 000 objets sur 2 000 m² couverts et retrace de nombreux aspects de la vie quotidienne d’autrefois, regroupés par thème : l’école, le bistrot, le bureau de poste, les moyens de transport, les machines agricoles, les alambics, les outils du dentiste ( !) … avec une superbe exposition temporaire de dessins de Sem (Georges Goursat, 1863-1934), grand illustrateur, affichiste et caricaturiste, né à Périgueux, à laquelle succèdera prochainement une exposition de photos de Robert Doisneau (1912-1994)… Pour celles et ceux qui ne connaissaient pas ce Conservatoire, un seul souhait : y revenir le plus rapidement possible pour une visite " prolongée ".

   En fin de matinée, l’Académie était reçue à Dunes, bastide du XIIIe siècle. M. Alain Alary, maire, présentait sa commune : « La bastide (2 318 ha) comprend 1 300 habitants et est située à l’intersection de trois départements ; son taux démographique est élevé et elle reste tristement célèbre en raison des pendaisons du 23 juin 1944 par 200 S.S. de la division Das Reich, faisant d’elle un village-martyr ».

   Christian Astruc, président du Conseil départemental de T & G, ajoutait : « Je m’associe au maire pour vous souhaiter la bienvenue, moi-même ayant été maire de cette commune de 1989 à 2014, avant d’être élu président du Conseil Départemental».

   Le président Jean-Luc Nespoulous terminait les allocutions en remerciant M. Alary et M. Astruc pour leur accueil. Évoquant à son tour le devoir de mémoire qui s’impose devant la barbarie à l’origine des événements du 23 juin 1944 à Dunes, il consacrait ensuite quelques instants à plusieurs « gloires » locales :

  • Léon Lemartin, aviateur, premier pilote d’essai au monde, décédé en 1911,
  • Anne-Marie Canet-Kegels, poétesse, dont il citait un vers :
  • « les ceps que tu plantas continuent ton histoire »,
  • René-Paul Entremont, né à Sète (où Georges Brassens continue à passer « sa mort en vacances » !) mais qui vécut à Dunes de 1978 à 2000 et qui fut « le poète émouvant, qui tourne et vire à tout venant, le chaud au cœur, la verve altière… ».
  • enfin le « vin noir », objet de discussions, voire de discorde, « entre Cadurciens, Lotois, et Tarn-et-Garonnais, épris du Brulhois ! »Les allocutions étaient suivies par un moment convivial offert par la mairie, autour de bons vins accompagnés de succulentes charcuteries…  
  •  et le président de citer Baudelaire : « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous » (Baudelaire, Le Spleen de Paris)

   Après un excellent repas pris au restaurant des Templiers, l’Académie se déplaçait jusqu’au complexe sportif, accueillie par M. Christian Astruc : « Je sais votre attachement à découvrir notre beau territoire départemental. La conférence du jour va nous ramener au Moyen Âge et à l’histoire des troubadours dans notre canton. Je veux, en ma qualité d’élu local, et plus encore en tant que citoyen, contribuer à répandre la mémoire de notre canton des Deux-Rives ».

 

Ministère affaires sociales         

 (ministère de la Santé, façade place de Fontenoy, Paris VIIè)

Le ministère de la Santé sous la Ve République : de l’ombre aux projecteurs des médias

par Pierre Gauthier, membre titulaire, séance du 1er avril 2019

 

   Pour sa séance d’avril, l’Académie recevait M. Pierre Gauthier, parrainé par M. Philippe Bécade qui retraçait son riche itinéraire : né à Chamalières (Puy-de-Dôme), lycéen à Auch, étudiant à la Faculté de Droit de Toulouse puis en Sciences politiques à Paris ; sortie de l’ENA en 1972 et affectation dans des ministères sociaux (Santé et Travail), séjour parisien de cinq ans dans le secteur de l’Immigration (Travail) ; postes territoriaux à Clermont-Ferrand, Rodez, Montauban (1982) et Toulouse (1986) en tant que directeur départemental ou régional des Affaires sanitaires et sociales ; retour dans la capitale comme directeur d’administration centrale au ministère de la Santé (1990-2000) ; directeur de l’Agence régionale de l’Hospitalisation à Toulouse (2000-2010) affecté à l’Inspection Générale des Affaires Sociales. A sa retraite prise à Montauban, Pierre Gauthier connait une belle activité associative : administration d’organismes nationaux comme la Fédération des Caisses d’Epargne pour la Solidarité, la Fédération Hospitalière de France, "Unaforis" qui fédère les Centres de Formation aux Métiers du Travail Social. Aujourd’hui, il se "contente" d’administrer la Fondation Marie-Louise qui prend en charge des personnes lourdement handicapées. Pierre Gauthier est officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur et l’Ordre National du Mérite.

   Puis selon le rite académique, Pierre Gauthier faisait l’éloge de son prédécesseur au 14e fauteuil, M. Léo Daudibertières. Après des études au lycée Ingres, puis à la Faculté de Chirurgie dentaire de Toulouse, il est docteur en Sciences odontologiques et dentaires (1973) et professeur en (1976). Il est élu président de la Société odontologique française de radiologie et de biophysique, également président du Collège national des enseignants en odontologie conservatrice. Enseignant-chercheur, il n’en conserve pas moins une activité libérale à Montauban, faubourg Lacapelle. Elu à l’Académie le 11 juin 2001, il y présente des conférences sur des sujets divers (les Vikings, "Les médecins de l’Académie", "Les Académies dans les allées royales du pouvoir", le siège de Montauban de 1621). Léo Daudibertières était incontestablement un homme de culture, curieux de tout, épris d’innovation. Sportif, amateur d’art, voyageur, il avait succédé à la première femme entrée à l’Académie, Mme Annie Lafforgue. Et Pierre Gauthier de terminer ainsi cet éloge : « L’égaler sera difficile : ce sera pour moi un défi particulièrement stimulant ».

           

 

La scolarisation des enfants en situation de handicap : un exemple de politique publique

par Olivier Fournet, membre associé

Séance  du 4 février 2019

 

   C’est d’un sujet complexe mais d’actualité, la scolarisation des enfants en situation de handicap : un exemple de politique publique, que M. Olivier Fournet, membre associé et directeur du Centre de Réadaptation des personnels de l’Académie de Toulouse, a entretenu son auditoire à l’occasion de la séance du mois de mars. Refus de scolarisation, difficulté à mettre en place un accompagnement, situation des accompagnants, étaient les thèmes traités par le conférencier, « renvoyant à des dimensions individuelles mais aussi à une culture sociale, de prise en compte collective de la différence dans un monde parfois excessivement normé ». Et M. Fournet de donner comme exemple celui d’un mal-voyant qui a, certes, une limitation capacitaire, mais qui développe une sur-compétence avec d’autres sens ou habiletés.

   Le handicap étant une limitation d’activité subie en raison d’une altération substantielle mais aussi en lien avec l’environnement de la personne considérée, Olivier Fournet traitait le sujet en explorant trois points : l’histoire de la scolarisation progressive des enfants handicapés, la mise en place d’une politique publique, les difficultésde la territorialisation contrastée et ses enjeux actuels. Après de premières avancées au début du 20ème siècle, c’est avec la loi de Simone Veil (1975) qui énonce que l’intégration est la règle « chaque fois que c’est possible », que l’élan est donné. D’autres lois viendront renforcerle dispositif, et ce en vue de créer un vrai plan de scolarisation des enfants et adolescents handicapés. Aujourd’hui, la loi de 2005 passe nettement d’une idée de protection des personnes à celle de l’insertion en fonction du projet de vie individuel. Ce qui constitue indéniablement une belle avancée.

 

 le passage de la berezina 1

                                                                  (Napoléon traversant la Bérézina, Janvier Suchodolski , 1866)

 

1812 : La Bérézina, une victoire tactique dans une défaite stratégique

par Jean-François Pachabeyian, membre titulaire

Séance  du 4 février 2019

 

   Après avoir rappelé les raisons de la rupture des accords de Tilsitt conclus en 1807 entre Napoléon et le tsar Alexandre, essentiellement le non-respect par la Russie du Blocus continental imposé par la France contre l’Angleterre, le conférencier expose les grandes  lignes de la campagne de Russie : 24 juin 1812, franchissement du Niémen par une armée française forte de 400 000 hommes ; avancée vers Moscou par Vilnius et Smolensk à la poursuite d’une armée russe refusant le combat ; victoire de Borodino (la Moskova) livrant aux Français la capitale historique de la Russie, dans laquelle ils font leur entrée le 14 septembre.

   Napoléon est alors confronté à un problème qu’il n’avait jamais rencontré : il ne peut contraindre son ennemi à livrer une bataille lui permettant de détruire son armée, le Tsar opposant une fin de non-recevoir à ses propositions de paix. Le 19 octobre, Napoléon décide de quitter Moscou par un itinéraire différent de celui de l’aller ; le maréchal Koutousov lui barre la route à Milo-Jaroslavets et l’oblige à se retirer par Smolensk. La Grande armée, réduite à moins de 100 000 hommes commence sa retraite, suivie à distance par l’armée de Koutousov, avec une température qui va rapidement passer de  - 4° à - 20°.